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Première guerre mondiale


La landsturm chênoise durant la Mob (1914-1918)

Le 31 juillet 1914, la mobilisation de l'armée suisse est ordonnée par le Département militaire fédéral. En l'espace de quelques mois, les autorités communales doivent réquisitionner les chevaux, organiser une garde civique, créer une caisse de secours communale, apporter leur secours aux Français réfugiés dans la zone et gérer l'approvisionnement de la population. L'administration communale ne se contente pas de secourir ses indigents, elle déploie aussi une énergie considérable pour garantir l'approvisionnement de la population. En novembre 1916, un dépôt permanent à l'usage des Trois Chêne est installé dans l'ancien couvent de Chêne-Bourg. La mairie fait preuve d'une efficacité remarquable pour fournir à ses ressortissants des denrées toujours plus variées. A tel point que la société coopérative suisse de consommation, l'ancêtre de l'actuelle Coop, en prend ombrage. "La mairie est convertie, les trois premiers jours de la semaine, en une véritable épicerie". Le lundi après-midi est consacré au service des approvisionnements, le mardi toute la journée à la caisse de secours, le mercredi matin, on distribue le coke (charbon) de la Ville aux indigents, le soir, les denrées de l'Etat à prix réduits sont remises aux titulaires de cartes spéciales. Cet effort est payant et la liste des produits vendus par l'intermédiaire des services communaux est édifiante.
A son décès en 1916, Emma-Louise Egloff, veuve de Frank Pasteur laisse à la commune, parmi de nombreux legs de bienfaisance, 10 000 francs pour la construction d'une fontaine à la place de la Bougerie. Le Conseil municipal organise un concours d'aménagement de la place de la Bougerie et ouvre une consultation populaire. Ces efforts démocratiques sont mal récompensés car seuls 10% des électeurs de la commune participent au scrutin. De plus après la construction, les critiques fusent sur le projet d'aménagement de la place auquel on trouve un style " boche ". La mairie regrette que les critiques n'aient pas jugé bon de s'exprimer au moment voulu mais fait revoir les plans pour atténuer le côté trop massif. La place de la Bougerie est rebaptisée place du Colonel Alfred-Audéoud, pour honorer la mémoire de ce citoyen de Chêne-Bougeries, commandant du premier Corps d'Armée depuis 1912 et professeur en Sciences militaires à l'Ecole polytechnique fédérale, décédé en service en 1917 au Tessin.

A Genève comme ailleurs, la fin de la guerre est rude. La population souffre surtout de l'inflation galopante. Dans tout le pays, le climat social se dégrade rapidement, pour exploser dans la grève générale de novembre 1918. Chêne-Bougeries apparaît comme un havre de paix dans une société tourmentée par les crises économiques, le chômage et les inégalités. La population augmente de 9% entre 1910 et 1941 alors que la Ville de Genève subit un recul de 2%. La commune doit affronter l'augmentation du coût de la vie, qui rend l'existence de ses employés de plus en plus difficile. Au Conseil administratif, avant de voter des augmentations de salaire, on accorde des allocations de renchérissement, en espérant toujours que la situation s'améliore. De nombreuses tâches relèvent de la solidarité publique, pour ne pas dire de la charité. La commune de Chêne-Bougeries administre un certain nombre d'œuvres de bienfaisance qui fonctionnent essentiellement grâce aux contributions de la population. Dès 1929, c'est la Grande Dépression et le nombre de chômeurs ne cesse d'augmenter, culminant en 1936. Durant ces années de crise, l'Etat ouvre de grands chantiers de chômage, soutenu par les communes qui en ont les moyens. A Chêne-Bougeries, les chômeurs remettent en état des chemins communaux et participent à une démolition d'immeubles dans le Vieux-Chêne, pour y créer une cour.

En 1922, la commune achète une parcelle de 10 000 m2 en prolongement de la place Audéoud. Cet achat permet d'augmenter la surface de la Bougerie, trop petite pour accueillir de grandes manifestations. Quelques années plus tard une salle communale est mise en chantier. La municipalité met le projet en concours et le projet des architectes Guyonnet et Torcapel est choisi et approuvé par le conseil municipal le 1er février 1928. L'inauguration de la salle communale est fixée au samedi 15 février 1930.